Sentract.sn- L’ancien président de l’IAAF a tiré sa révérence, après une vie remplie de succès et rehaussement du sport africain au plan international.  Malgré les accusations, le procès, la condamnation, Lamine Diack quitte ce bas monde avec un capital sympathie intact au Sénégal, constate fort justement le journal Enquête, sous la plume de Lamine Diouf.

Difficile de démêler la politique du sportif, tant les deux vocations s’étaient entremêlées dans la vie de Lamine Diack. Député, champion de saut en longueur, maire de Dakar, footballeur puis entraîneur, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, président de club de football, de structures d’athlétisme jusqu’à occuper la tête de l’athlétisme mondial. Les casquettes étaient nombreuses. L’existence truffée d’actions, d’éclats, de rebondissements, de polémiques et d’une constance : le patriotisme. Parti de Dakar pour faire le tour du monde, l’enfant, l’idole de Reubeuss a effectué son dernier voyage en retournant, en mai dernier, chez lui. Ce jeudi, il a rendu l’âme auprès de ses proches. Il a été enterré hier aux cimetières musulmans de Yoff.

Lamine Diack, c’est 88 ans d’une vie bien remplie. D’abord dans l’activité physique. Étudiant, avant l’indépendance du Sénégal, il fut un excellent athlète de saut en longueur. Arrivé en France à l’âge de 24 ans, alors pensionnaire de l’Institut national du sport (INS), l’ancien Insep, c’est dans cette discipline qu’il s’entraîna sérieusement. Il devient champion de France en 1958 avec un saut à 7,63 m, et champion de France universitaire en 1959, avec un bond à 7,72 m.

« J’ai fait de l’athlétisme, tout simplement, parce que, chez nous, c’était un passage obligé pour obtenir le brevet sportif populaire. Tout n’était pas marrant, mais, il fallait s’envoyer un saut en longueur, un lancer de poids, de la vitesse, du demi-fond et un grimper de corde avant de retourner très vite avec les copains taquiner la balle », confiait-il à L’Équipe en 2000.

Un dirigeant omnisport

De retour au Sénégal, ses courses d’élan le conduisent sur le rectangle vert, son premier amour. Il embrasse une brève carrière de footballeur, en jouant au club dakarois du Foyer France Sénégal (FFS), une équipe qu’il entraînera par la suite. Précurseur, l’homme voit plus grand que sur des bancs de touche. Il monte de niveau et intègre les sphères dirigeantes, toujours au sein du football. De 1964 à 1968, il fut Directeur technique national de l’équipe du Sénégal, indépendant depuis 1960. Il entraîna l’équipe nationale et dirigea le très populaire club du Jaraaf de Dakar, né de la fusion entre le Foyer France et les espoirs de Dakar. D’ailleurs, l’équipe de la Médina a salué la mémoire d’un ‘’membre fondateur du Club (qui) laissera un grand vide dans le cœur des Jaraaf-Man et demeurera à jamais dans la légende du club’’.

Mais l’histoire de Lamine Diack avec les pistes était loin d’être terminée. Premier président de la Confédération africaine d’athlétisme, fondée en 1973, il devient, en 1974, membre du Comité national olympique du Sénégal, puis président en 1985, jusqu’en 2002. Vice-président de la Fédération internationale d’athlétisme, alors appelée IAAF, depuis 1979, Lamine Diack en prend les commandes par intérim, en 1999, après la mort de Premio Nebiolo, en poste depuis 1981. Il sera élu lors du congrès de l’IAAF en 2001. Son style managérial était en rupture avec son prédécesseur. Diack déléguait, prônait le dialogue, usait du consensus. Il fut parfois taxé de laxiste.

Durant ses mandats, il mit en place des circuits continentaux, remplaça la Golden League par la Ligue de diamant, qui offrait de la visibilité à toutes les épreuves, mais, peina à redynamiser un sport en perte de popularité et miné par les affaires de dopage.

Un haut fonctionnaire malgré tout

Parallèlement à cette vie mouvementée, l’ancien président de l’IAAF était avant tout un haut fonctionnaire, inspecteur des Impôts et des Domaines. L’administration amenant à côtoyer les politiques, Lamine Diack s’est engagé dans ce domaine qu’il avait découvert dans le sillage du président Léopold Sédar Senghor, puis de son successeur, Abdou Diouf. « Après la décolonisation, le Sénégal manquait de dirigeants, racontait à L’Équipe, en 2003, Mamadou Koumé, alors rédacteur en chef de l’Agence de presse sénégalaise. Lamine Diack était un champion reconnu et un brillant universitaire. Comme d’autres intellectuels, il a cumulé les fonctions. »

Membre du Parti socialiste, Diack occupa des postes ministériels. À partir de 1978, il fut simultanément maire de Dakar, jusqu’en 1980, et député à l’Assemblée nationale jusqu’en 1993. Il accède à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, en 1988.

Scandale dopage

Depuis 2015 et sa mise en examen en France pour une affaire de corruption présumée, Lamine Diack a vu son nom traîné dans la boue.  Il était accusé d’avoir retardé des sanctions disciplinaires contre des athlètes russes soupçonnés de dopage, en échange du renouvellement des contrats de sponsoring et de diffusion télé en amont des Mondiaux 2013 à Moscou. Il sera condamné, en septembre 2020, à quatre ans de prison (dont deux ans ferme). Décision dont il avait fait appel et la date d’un nouveau procès devait encore être fixée.

En mars 2019, il fit l’objet d’une seconde mise en examen pour corruption. Cette fois-ci, dans le cadre des attributions des Jeux Olympiques 2016 et 2020, ainsi que dans les processus d’attribution des Mondiaux d’athlétisme de 2015 (Pékin), 2017 (Londres) et 2019 (Qatar).

Malgré les accusations, les procès et les polémiques, l’homme a gardé un capital sympathie quasi intact au Sénégal. En atteste son ancien club, Jaraaf de Dakar, qui a vendu une partie de son patrimoine pour payer sa caution, lui permettant de rentrer à Dakar en mai dernier et d’y finir ses jours.    

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MAMADOU KOUMÉ, JOURNALISTE SPORTIF

‘’Lamine Diack est l’un des plus grands dirigeants sportifs sénégalais’’

40 ans passés à côtoyer l’ancien président de la fédération internationale d’athlétisme, le doyen Mamadou Koumé rend hommage à un homme d’un destin magistral.  

Pour les plus jeunes, qui était l’homme ?

Par les actes posés, les fonctions occupées dans le sport, c’est sans doute le dirigeant qui a marqué de manière durable le sport sénégalais. Il a été ministre à 36 ans, directeur technique du football sénégalais, président de la fédération sénégalaise d’athlétisme, président du comité olympique sénégalais. Il a créé la confédération africaine d’athlétisme et, enfin, il a été président de la fédération internationale d’athlétisme. Ce parcours rend compte de la dimension de l’homme. C’était un sportif. Il a été élevé dans le Plateau (Dakar) où le sport avait droit de cité. Il a également su allier sport et étude, avant de devenir un inspecteur des impôts. Il a eu une vie de succès.

Il a beaucoup agi dans le cadre du sport. Quels accomplissements retenez-vous de lui ?

Dans le domaine du football, Lamine Diack a travaillé en tant que ministre (de la jeunesse et des sports) avec un groupe de personnes et ont produit, en 1969, la réforme Lamine Diack. Il s’agissait d’une politique pour rendre les clubs sénégalais plus forts. A l’époque, il y avait énormément de clubs au Sénégal. Ils ont voulu réguler pour donner plus de consistance, de force et de cohésion aux clubs. Je suis de ceux qui pensent que cette réforme devait être améliorée, au fil des années. C’est l’une des raisons qui font que les clubs sénégalais n’ont pas pu se mettre au niveau de leurs équivalents africains.

Lamine Diack a également été président de la confédération africaine d’athlétisme. Il l’a créée avec d’autres grands anciens athlètes sénégalais, comme Malick Mbaye et Papa Gallo Thiam. Cette organisation a joué un grand rôle dans le dynamisme de l’athlétisme africain. Dakar est le siège de la confédération africaine de l’athlétisme. A la fédération internationale d’athlétisme, il a trouvé un système censitaire. Les pays occidentaux avaient plus de voix que les pays africains. Il s’est battu pour que tous les pays, notamment africains, aient leur voix. C’est une conquête qu’on lui doit.

Quel est le lègue de Lamine Diack ?  

Il a posé des jalons et tracé la voie. L’athlétisme sénégalais vit une situation difficile, malgré le travail remarquable qu’il a effectué dans ce secteur. C’est aux autres de prendre le témoin. C’est cela son héritage que l’on se doit de reprendre et perpétuer.

Quel est votre sentiment sur les accusations qui ont été portées sur sa personne ?

Je pense qu’il s’agit d’une épreuve divine. C’est arrivé dans sa vie de dirigeant sportif. Pour moi, cela n’entache pas la crédibilité de son action. Lamine Diack est resté 5 ans en France, interdit de voyager. Je lui ai rendu visite 5 fois, sur cette période. C’est un combattant qui s’est battu contre ces accusations. Il avait fait appel de sa condamnation.

De cet homme, que j’ai commencé à fréquenter au début des années 80, je retiens quelqu’un d’extrêmement courageux qui défendait ses idées devant n’importe quel interlocuteur. Il était également très généreux. Tous ceux qui l’ont côtoyé connaissent cette facette de sa personnalité. En troisième lieu, c’est un homme très attentif aux préoccupations et aux soucis de son entourage.RÉACTIONS SUITE AU DÉCÈS DE LAMINE DIACK 


MACKY SALL (PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE)   ‘’C’était un homme d’une grande dimension’’   ‘’Avec le décès de Lamine Diack, le Sénégal perd un de ses plus illustres fils. Sportif de renommée, ancien maire de Dakar, ancien député, ancien ministre et ancien Président de l’IAAF, Diack était un homme d’une grande dimension. Mes condoléances émues à toute la Nation’’.   


IDRISSA SECK (PRESIDENT DU PARTI REWMI)   ‘’Notre pays perd un grand homme’’   ‘’C’est avec émoi que nous apprenons le rappel à Dieu de monsieur Lamine Diack, ancien président de la fédération internationale d’athlétisme. Notre pays perd un grand homme qui a consacré une bonne partie de sa vie au rayonnement du sport, dans son pays comme à l’international. Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille et au monde du sport, et prions le Tout-Puissant de lui réserver une place de choix en son paradis céleste’’.   


YOUSSOU NDOUR (ARTISTE)   ‘’Quelle triste nouvelle !’’   ‘’Quelle triste nouvelle. Une grande personnalité multi dimensionnelle vient de nous quitter. Repose en Paix patriarche’’.   


OUSMANE SONKO (PRESIDENT DU PASTEF)   ‘’Il prenait régulièrement de mes nouvelles…’’   ‘’Nous avions convenu, il y a deux mois, d’une entrevue qui n’avait malheureusement pu se concrétiser à cause de son état de santé. Il prenait régulièrement de mes nouvelles auprès de Serigne Abdou Mbacké, qui était son confident. ‘’As-tu des nouvelles de mon collègue ?’’ Se plaisait-il à lui dire. Lamine Diack, pour ceux qui l’ignorent, était inspecteur des impôts et des domaines de profession. L’un des pionniers sénégalais dans le corps. Il fût grand patron des Impôts et Domaines de Dakar, en des temps où cela s’étendait de Yenne à Plateau. Et, ses collègues ont témoigné qu’il en est parti sans avoir accaparé un seul mètre carré à son profit.  À cela s’ajoutent une carrière sportive exceptionnelle et un brillant parcours international. ‘’    


ABDOUL MBAYE (PRESIDENT ACT)  ‘’ Il présentait le profil rare du sportif’’   ‘’Le Sénégal vient, sans conteste, de perdre l’un de ses plus illustres fils.  Le président Lamine Diack nous a quittés. Il présentait le profil rare du sportif ayant été de très haut niveau, du manager sportif ayant accédé aux plus hautes fonctions du sport mondial, enfin de l’homme politique marquant dans son pays.  Puisse Dieu le récompenser pour l’ensemble de ses bonnes œuvres’’.   


DR BABACAR DIOP (FDS/GUELEWAR)  ‘’C’était un monument du sport’’          J’ai appris avec consternation le rappel à Dieu de Lamine Diack, un monument du sport africain. Il fut ministre des Sports, président du Jaraf de Dakar et président de l’IAAF.    Je présente mes sincères condoléances à sa famille, au peuple sénégalais et au mouvement sportif mondial. Paix son âme !’’   


KHALIFA ABABACAR SALL (TAXAWU SENEGAAL)   ‘’Il était un ami et un père…’’   ‘’Lamine Diack a été un ami et un père qui nous a vu grandir, une référence pour sa générosité et son humilité. Son amour pour Dakar et le Sénégal était sans conteste. Il était une fierté, c’est pourquoi, c’est une grosse perte pour le pays’’. 


THIERNO BOCOUM (AGIR)  ‘’Un homme au parcours exceptionnel’’   Un homme au parcours exceptionnel est parti à jamais. Un sportif de haut niveau : Ancien athlète au saut en longueur, ancien champion de France et ancien champion de France universitaire. Ancien Footballeur du club dakarois du Foyer France Sénégal (FFS), ancien entraîneur de ce club, ancien directeur technique national de l’équipe du Sénégal de football, ancien président de la Confédération africaine d’athlétisme, ancien Président du Comité national olympique du Sénégal, ancien Président de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme…. Homme politique : Ancien secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, ancien député, ancien vice-président de l’assemblée nationale, ancien maire de Dakar… Un homme bardé de distinctions : Commandeur de l’ordre national du Lion du Sénégal, Ordre du Mérite, 1re classe, Ordre de l’Amitié, Commandeur de l’ordre de Bonne Espérance (…) Mes condoléances les plus attristées au monde du sport et à la famille éplorée’’.   

Lamine Diouf

Sentract.sn, avec le quotidien L’enquête