[Tribune] CAMEROUN : LA RESILIENCE DES POPULATIONS LOCALES ET AUTOCHTONES FACE AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE (par Cynthia MBIDA)

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Crédit photo: L'express

SENtract – Dans un rapport rendu public en 2018, parlant du réchauffement climatique, le directeur de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) indiquait que « la température risque d’augmenter de 3 à 5°C d’ici à la fin du siècle si la tendance continue ». Dans cet article, l’ingénieure Cynthia MBIDA se penche sur le problème du réchauffement de la planète, en insistant sur le cas du Cameroun. Elle rappelle non seulement l’urgence de renforcer la résilience des populations locales et autochtones camerounaises face au réchauffement climatique, et elle fait aussi des propositions de solutions pouvant assurer la résilience de ces populations. Et ce, car celles-ci sont des victimes, mais également des atouts contre le réchauffement climatique au Cameroun.

 

Le Cameroun est qualifié de microcosme de l’Afrique tropicale à cause, entre autres, de sa végétation qui est un condensée de toute la végétation africaine intertropicale. Il renferme une grande majorité des principales formations végétales du continent, depuis la forêt dense humide au Sud, en passant par les savanes boisées du Centre jusqu’aux steppes du Nord et aux forêts et prairies montagnardes à l’Ouest.

Comme le reste de la planète, le Cameroun est confronté aux conséquences néfastes du réchauffement climatique. La survie des autochtones et des populations locales dépend, plus que tout autre, de la préservation des espèces et des ressources qu’ils tirent de leur environnement, notamment leur alimentation par l’agriculture, la chasse, la pêche et la cueillette ; des matériaux  pour l’habitat, l’ameublement, objets décoratifs et outils utilitaires divers ; la pharmacopée traditionnelle pour se soigner ; une source d’énergie grâce au bois de chauffe ou au charbon de bois ; à cela s’ajoute l’éco-tourisme aujourd’hui en pleine expansion. Pour les peuples autochtones, l’environnement est non seulement une pourvoyeuse de ressources économiques, mais également un patrimoine ancestral, un héritage culturel qui doit être transmis aux générations futures. L’on constate, pour le déplorer, que ce réservoir de vie et de ressources est aujourd’hui menacé, et subit de plein fouet les conséquences de l’action excessive et non contrôlée de l’homme, dégradant la biodiversité et les écosystèmes.

 

EFFETS NEGATIFS DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Les principaux problèmes liés au réchauffement climatique au Cameroun sont les suivants :

– La sécheresse due à la chaleur et à la baisse de la pluviométrie, avec comme corollaire la destruction des sols, des eaux, des forêts, des espèces fauniques et végétales ; les difficultés d’approvisionnement en eau ; les maladies hydriques telles que le choléra, la fièvre typhoïde ou le paludisme ; les îlots de chaleur, essentiellement dans les villes, etc.

– L’insécurité alimentaire, la malnutrition et les famines dues aux baisses de rendement agricoles, conséquences de l’exploitation abusive des ressources animales, végétales et halieutiques qui s’appauvrissent ; l’accès de plus en plus difficile aux intrants agricoles, engrais et pesticides, en raison d’une inflation galopante en raison du contexte économique international.

– La pression démographique avec l’empiètement des activités humaines (agriculture, élevage et habitat) sur les zones préservées, accentuant ainsi leur destruction.

– les problèmes socio-culturels liés aux difficultés d’accès et d’occupation des espaces fonciers ; l’inadaptation des solutions préconisées qui se traduisent par des frustrations des populations riveraines, des conflits entre les divers acteurs sur le terrain ; les affrontements incessants entre éleveurs et agriculteurs dans la partie septentrionale du pays par exemple, et l’émigration forcée vers d’autres régions du Cameroun ou vers les pays voisins ; la méfiance vis-à-vis des pouvoirs publics et les ONG en charge des problèmes environnementaux.

 

ESQUISSE DES SOLUTIONS PRECONISEES POUR ASSURER LA RESILIENCE DES POPULATIONS LOCALES ET AUTOCHTONES.

Diverses actions sont menées à tous les niveaux, et des solutions proposées pour limiter la destruction des écosystèmes de la biodiversité qu’elles abritent, sauvegarder ce patrimoine pour les générations futures et l’avenir de la planète.

Des actions visant à soutenir les populations vulnérables qui subissent les effets dévastateurs du réchauffement climatique sont élaborées par les pouvoirs publics camerounais, notamment les Ministères de la Forêt et de la Faune (MINFOF), de ,des pêches et des Industries Animales (MINEPIA), le Ministère de l Environnement, de la Protection de la nature et du Développement Durable (MINEPDED), le Ministère chargé de l’Environnement, le Ministère du Plan et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Ministère de l’Agriculture et du développement rural (MINADER), etc. ; avec l’appui des institutions internationales chargées des problèmes environnementaux tels que l’IRD, CIFOR, FAO, Banque Mondiale), et des ONG telles que la Cameroon Wildlife Conservation Society (CWCS), CMN, WWF (World Wildlife Fund), etc. L’on peut également citer des jeunes, mais très déterminées organisations camerounaises comme  For greening. Ces services et institutions ont pour but de contribuer à l’accroissement de la résilience des populations locales ou autochtones impactées. Ils proposent des mesures d’adaptation bénéfiques au développement global, harmonieux et durable sur le plan économique, social et humain, qui assurent la préservation des écosystèmes et de la biodiversité, à savoir :

– Le renforcement des capacités

– La promotion de l’exploitation intensive des sols et des eaux, en limitant les surfaces occupées et en encourageant les projets agro-pastoraux intégrés.

– La promotion des énergies dites propres et renouvelables telles que le solaire, l’énergie éolienne ou électrique, afin de limiter la coupe de bois de chauffe et l’usage du charbon de bois ; encourager et démocratiser l’usage du cuiseur ou four solaire, puisque cette matière première existe à profusion en Afrique. Cependant, il y a lieu de déplorer un important déficit actuel de l’accès aux énergies renouvelables dans les campagnes camerounaises, ce qui accélère la dégradation de l’environnement.

– L’adoption de techniques culturales et d’élevage, ainsi qu’un outillage mieux adaptés au contexte de réchauffement climatique, par exemple la promotion des engrais et pesticides naturels locaux, afin de réduire les coûts de production ; diversification des cultures par l’introduction de nouvelles espèces améliorées et résistantes ; fabrication de foyers améliorés qui permettent de consommer moins de bois de chauffage.

– La création des aires fauniques et végétales protégées dans le but de préserver les écosystèmes et la biodiversité.  Cependant, l’intégration des populations locales dans la gestion des aires protégées fait face à des difficultés, notamment la répartition inégale des revenus de la taxe d’affermage, des dividendes d’éco-tourisme, de chasse, de pêche et autres ressources tirées de la gestion des aires protégées aux communautés locales en vue de la réalisation de projets locaux tels que écoles, dispensaires, puits, etc. Ces revenus, souvent captés par les l’administration et les chefs traditionnels, ne parviennent pas jusqu’aux populations locales.

– La mise sur pieds d’activités génératrices de revenus leur permettant d’assurer leur équilibre alimentaire et leur autonomisation, notamment la création d’étangs piscicoles, de pépinières, petit élevage d’ovins, caprins, petits rongeurs, revenus des aires protégées, etc. Toutefois, la difficulté pour les villageois de mener une activité génératrice de revenus est réelle, car elle est souvent opposée aux exigences de la préservation des écosystèmes et de la biodiversité. A ce titre, il leur est difficile de combattre le braconnage qui est leur source de nourriture, de préserver la faune et la flore qui constituent l’essentiel de leur subsistance, à savoir le bois de chauffe, les matériaux pour l’habitat et les plantes médicinales ;

– le développement des nouvelles activités telles que le petit élevage de porcins, caprins, ovins, les élevages non conventionnels d’aulacodes et d’animaux sauvages (viandes de brousse) comme celui des porc-épics, agoutis ou cobayes, encore expérimental au Cameroun, s’avère difficile, onéreux, pour des bénéfices aléatoires, et la plupart sont abandonnées.

– Les problèmes d’accès des autochtones à la propriété foncière et les conflits avec les sociétés d’exploitation minière et agropastorales des terroirs au sujet de la captation abusive des terres des autochtones. Au Cameroun, des populations vulnérables telles que les Bororos, les pygmées Bagyelis et Bakas, les Bedzangs, les Bakolas et autres sont régulièrement spoliés de leurs droits à la terre, et font l’objet d’un suivi juridique. Le Réseau Camerounais des Organisations des Droits de l’homme, et le Minority Rights Group International par exemple, s’attèlent à la défense des droits à la terre des populations locales et autochtones en Afrique Centrale.

– L’orientation des pouvoirs publics vers les solutions répressives plutôt que de négocier et sensibiliser les populations, intensifie les pratiques de fraudes multiformes tels que le braconnage, les ventes illégales des produits ligneux, non ligneux et fauniques.

 

En définitive, il apparaît qu’au Cameroun, comme partout ailleurs dans le monde, les institutions, l’arsenal légal, réglementaire ainsi que les résolutions et autres déclarations d’intention existent bel et bien. La difficulté de leur implémentation concrète sur le terrain vient essentiellement du manque de volonté ou de moyens des acteurs impliqués dans la lutte pour la préservation de l’environnement. Les efforts devraient être renforcés et concentrés davantage sur les actions concrètes sur le terrain, notamment au niveau des populations locales et autochtones, afin de faire d’elles des acteurs efficaces de la gestion de leur environnement pour un développement durable. L’équilibre de la planète repose sur ces acteurs de base, aussi tous les efforts, toutes les contributions sont requises à cet effet.

 

Cynthia MBIDA

Ingénieure en Eaux et Assainissement

(cynthiambida@gmail.com)