Clap de fin: le cinéaste Abdou Fary Faye, un des pionniers du cinéma sénégalais, est décédé

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SENtract – Le photographe et cinéaste Abdou Fary Faye, un des pionniers du cinéma sénégalais, est décédé à l’âge de 86 ans, dans la nuit de vendredi à samedi, à Dakar, a appris l’APS de Gaël Samb Sall, présidente du Fonds d’archives africain pour la sauvegarde des mémoires (FAASM).

 

C’est ce samedi que son inhumation a été annoncée, après la levée du corps à la mosquée Santhiaba de la Médina, selon la même source. « Abdou Fary Faye, comme disait Ben Diogoye Bèye lors de l’hommage qui lui a été consacré par le Faasm, en mai dernier, était le doyen le plus ancien des réalisateurs avec son film Les ballets de la forêt sacrée (1970) », témoigne Mme Sall, directrice de la maison d’édition « Vives voix ».

Le court métrage « Les ballets de la forêt sacrée », réalisé en 1970, s’inspire des danses et légendes traditionnelles de la Casamance. Abdou Fary Faye « était un grand photographe sur les plateaux de cinéma comme pour la photographie d’art ou les portraits », estime Gael Samb Sall, dont le père, le cinéaste Ababacar Samb Makharam, fut un « ami » du défunt.

« Il laisse une grande œuvre pour les générations à venir. Il a formé de grands photographes de ce pays qui sont par la suite passés au cinéma comme lui ou allés dans d’autres formes d’expressions artistiques. Il était un personnage incontournable de la scène culturelle dakaroise », dit-elle. « A moi, il a donné tout l’amour que mon père Ababacar Samb Makharam, son ami, m’aurait donné de son vivant », note Gaël Samb.

Elle souligne que les échanges avec le défunt photographe ont été « passionnants, instructifs, remplis d’enseignements. Il transmettait sa joie de vivre ». « C’est une lourde perte pour moi à qui il a donné tant d’affection et une grande perte pour la culture, car ce dernier [fut] témoin de cette naissance du cinéma sénégalais et de cette effervescence culturelle port coloniale de notre pays », souligne la présidente du FAASM.

Un hommage lui a été rendu le 28 mai dernier lors de la 14e Biennale de l’art africain contemporain de Dakar dans le cadre du programme « OFF », à travers une exposition intitulée « Abdou Fary Faye, mémoire vive des arts et de la culture ». Ses photos d’archives rappellent le passé. Elles évoquent aussi le souvenir du premier Festival mondial des arts nègres (1966) et ses nombreux invités venus du monde entier.

Des troupes théâtrales du Brésil, de Côte d’Ivoire, des Etats-Unis, le pianiste et compositeur de jazz américain Duke Ellington (1899-1974) avaient été photographiés par Abdou Faty Faye, lors de cette grande fête internationale de la culture et des arts organisée dans la capitale sénégalaise, il y a plus d’un demi-siècle.

L’exposition montre aussi en images une visite officielle au Sénégal de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié. D’autres photos de Abdou Fary Faye rendent compte du bouillonnement cinématographique des années 1970, avec les plateaux de tournage des cinéastes Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty, Ababacar Samb Makharam ou Paulin Soumanou Vieyra.

Abdou Fary Faye a sillonné le monde avec son travail de photographe et a côtoyé les plus grands hommes de culture du Sénégal et les pionniers du cinéma africain en tant que membre de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci).

Tout heureux de l’hommage qui lui a été rendu par cette exposition, le réalisateur et photographe âgé, aujourd’hui de 86 ans, avait dit être « soulagé » d’avoir laissé cet « héritage ». « Je suis très heureux que cet hommage soit fait en ma présence par (…) Ghaël Samb Sall, fille de mon ami Ababacar Samb Makharam. Ces photos me rappellent de bons moments. Parfois, j’oublie les circonstances dans lesquelles elles ont été prises », a commenté Faye.

« Il faut avoir l’amour du travail, être curieux, avoir la patience et se donner du temps pour la recherche », conseille aux jeunes artistes le réalisateur et photographe octogénaire. Abdou Fary Faye est un ancien membre de l’Association des cinéastes sénégalais et associés et de la Fédération panafricaine des cinéastes. En 1964, il fit son entrée au centre culturel français de Dakar où il deviendra quelques années plus tard formateur, projectionniste, caméraman, photographe de plateau et réalisateur.

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