[Interview] Chrime Kouemo : « la littérature apporte une diversité de styles, de regards, de vécus »

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Qu’est qui vous a motivé à écrire Retour triomphal au mboa :  écrit testimonial ou simple fiction ? 

Retour Triomphal est principalement une fiction, même si l’histoire est en partie inspirée de mon vécu. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, je ne souhaite pas que certains membres de ma famille proche le lisent (rires).

 

Votre roman peut être vu comme une romance africaine portrait d’une impasse du retour au pays natal et d’une idylle fantasmagorique, notamment avec Solange qui ne réalise pas la trahison de Cédric. Son amant depuis le lycée. Quelle est votre position sur cette question du retour des « diasporéens  » et des relations amoureuses à distance( virtuelles) ?

Je pense que tout diasporéen attaché à sa terre natale, a ce désir en lui de retourner au Mboa (pays). Après, la concrétisation est autre chose. Il y a la réalité du pays et l’évolution de nos mentalités à prendre en compte. Par exemple, si vous n’avez travaillé qu’en Occident et que vous retournez au Cameroun  en tant que salarié, il faudra vous y préparer. Ce n’est pas anodin. 

Concernant les relations amoureuses à distance, avec la  maturité qui est mienne, je pense qu’elles ne sont viables que lorsqu’il y a des objectifs communs et planifiés (ce qui est compliqué quand on est à peine sorti de l’adolescence comme Solange au moment de son arrivée en France). Et même dans ce cas, il faut s’accrocher. 

 

Votre intrigue est construite autour d’un triangle amoureux, avec notamment des personnages à la quête du bonheur, de la stabilité et parfois ils sont bouleversés,  ce qui n’est pas anodin. Était-ce important pour vous de présenter votre vision du monde sur les amours impossibles, les relations extraconjugales et les idylles fantasmagoriques ? 

Oui, c’était important pour moi d’aborder ce thème des amours impossibles, ou du moins ceux dont la trajectoire a été modifiée par un départ. Avec le nombre de jeunes qui part chaque année du continent pour les études, pour se chercher, on ne peut nier que c’est une situation que beaucoup de couples connaissent. 

 

Comment développez-vous ces thèmes ? 

Au travers de mes personnages, de leur vécu et de leur entourage. 

 

Pourquoi écrivez-vous des histoires dans lesquelles on sent et on voit le désir partout? Parce que c’est le désir qui anime chaque être pour faire ce qu’il veut faire (rires).

 

Peut-on inscrire vos écrits dans le registre  érotiques ? 

Non. Si vous le pensez, c’est que vous n’avez jamais lu une romance érotique (rires). Je classerais personnellement mon roman dans le style romance contemporaine / feel good. 

 

Comment votre roman a-t-il été accueilli après sa publication ?  Que savez-vous  de la façon dont vos lecteurs ont compris votre roman? 

Bien, je trouve. Il faut dire qu’il avait déjà été publié gratuitement sur ma page Facebook et sur la plateforme Muswada et j’avais eu de très bons retours. 

La compréhension est assez aisée comme en attestent les commentaires sur Amazon et ceux que j’avais eus sur les réseaux sociaux : le retour au pays est peut-être compliqué, mais pas impossible  et l’amour est toujours au rendez-vous. 

 

Comment qualifierez-vous votre lectorat? 

Mon lectorat est féminin principalement, jeune, afrodescendant en majorité. 

 

Selon vous qu’est-ce que la littérature apporte au monde à l’heure de la mondialisation ? De quelles ressources spécifiques dispose-t-elle ? 

Selon moi, la littérature apporte une diversité de styles, de regards, de vécus. Ayant lu énormément de harlequins quand j’étais plus jeune, je déplorais le fait de ne pas pouvoir y trouver des personnages auxquels je pouvais m’identifier, des personnages au vécu similaire au mien. Je suis donc plus que ravie de voir cette vague de chroniqueuses et de jeunes écrivains sur la toile qui racontent le vécu des Africains. 

Les ressources sont variés de nos jours. Avec une simple connexion internet, on peut écrire et publier sur des plateformes accessibles à tout le monde. C’est génial ! 

 

Est-ce que l’écriture  littéraire peut permettre d’introduire  des débats dans l’espace public

Bien sûr ! Je pense que c’est même son but premier. On lit pour s’évader, s’instruire, se questionner. Plusieurs écrivains Africains tels Mongo Beti, Boubacar Boris Diop, Wole Soyinka…à travers leurs œuvres ont eu à impacter nos sociétés, en interpellant les pouvoirs en place, en mettant en lumière les injustices et les fléaux de notre société, en rappelant au devoir de mémoire. 

 

Avez-vous (eu) un engagement féministe ? Lisez-vous (avez-vous lu) des écrits féministes (si oui, lesquels ?) ? Votre avis sur le mouvement féministe ?

 Je suis féministe, comment ne pas l’être dans ce monde ? Les écrits féministes qui me viennent à l’esprit : Chère Ijaewele de Chimamanda Ngozi et Changes de Ama Ata Aidoo (dans ma pile de livres à lire). Le mouvement féministe a plusieurs courants de nos jours. D’aucuns peuvent le trouver maladroit, agressif ou autre, mais je n’oublie pas que c’est grâce à ce mouvement que beaucoup de femmes dans les sociétés patriarcales ont pu accéder au droit de vote, à des postes dans le gouvernement, au permis de conduire, au permis de voyager sans nécessité de l’aval de leur père ou leur conjoint, posséder leur propre compte bancaire… Et la lutte est encore longue. Après avoir lu « Les impatientes » de Djaili Amidou Amal, il est pour ma part indispensable de continuer à lutter, à éduquer les gens. Et cette lutte ne doit pas être menée que par les femmes. Thomas Sankara était un illustre modèle du féminisme, précurseur et avant-gardiste en Afrique et je pense que notre jeunesse devrait s’en inspirer car comme il le disait dans son discours en 1983 « la femme subit doublement les fléaux de la société post coloniales ».

 

Chrime Kouemo, merci !! 

Merci à vous. C’était un immense plaisir et un très grand honneur pour moi. 

Par Baltazar Atangana Noah